Jean-Pierre Loubat est un photographe qui vit et travaille à Nîmes. Son travail s’articule autour du thème de l’espace dans son rapport à l’art et au temps.
Dans plusieurs séries d’images il aborde le lien de l’individu à l’espace urbain et enregistre la poésie qui émerge des villes de manière inattendue. Les affiches lacérées, les vélos abandonnés et dégradés qu’il photographie, mettent en relief la beauté poétique du hasard qui transforme ces objets quelconques en tableaux ou en sculptures involontaires, soulignant la violence des villes tout en dégageant la poésie des choses arrachées à l’insignifiance.  
Plus récemment, il aborde le thème de l’atelier d’artiste. En s’intéressant au lieu de travail de l’artiste, il envisage l’espace de l’atelier comme prolongement de l’espace mental du plasticien, laboratoire d’expérimentation, de recherches et de mise en question du travail artistique.
Le travail mené à Tanger sur les traces de Delacroix, Matisse et des écrivains de la Beat Génération s’inscrit dans cette filiation du rapport de l’art au lieu en mettant en exergue la singularité d’une ville dont le mythe s’est forgé à travers le regard des peintres et des écrivains qui y ont vécus.
Dans la même optique, la série de photographies sur les traces de Marcel Proust le le conduit à Evian, Venise, Amsterdam, Cabourg, Illiers-Combray. La question du lieu est appréhendée ici en rapport avec celle du temps et de l’écriture. Il met en exergue la relation entre le lieu décrit dans « A la recherche du temps perdu », transcendé par l’écrivain et le lieu tel qu’on peut le découvrir aujourd’hui près d’une centaine d’année après.
Il entame depuis peu une série sur les architectures à l’abandon. Les lieux choisis semblent hors du monde contemporain, tout en étant soumis à une lente mais inévitable destruction. Le photographe révèle la sombre beauté des ruines. Il enregistre avec pudeur les ravages du temps qui engloutit peu à peu la matière. La photographie devient alors comme une tentative d’immobiliser le transitoire en une forme fixe, de solidifier le moment dans un présent éternel.

 

© Martine Guillerm 

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